De Kaboul à l’Université d’Ottawa : un étudiant cherche à résoudre le conflit afghan par la force des communications

Isabelle Marquis
Il y a quelques années, le docteur Samim a mis sa carrière de médecin en veilleuse faute de pouvoir subvenir aux besoins de sa famille. Il est devenu guide-interprète ou, dans le jargon journalistique, un fixeur.
En effet, pour bien vivre en Afghanistan, mieux vaut faciliter le travail des journalistes occidentaux que de sauver des vies. Après le 11 septembre 2001, Farouq Samim a servi de guide-interprète pour des représentants du Chicago Tribune, d’Al Jazeera et de médias canadiens.
Né en 1977 dans le nord-est de l’Afghanistan, Farouq Samim est aujourd’hui étudiant à la maîtrise en communication organisationnelle à l’Université d’Ottawa. Même s’il se trouve à des milliers de kilomètres de son pays natal, il passe la majeure partie de son temps à analyser et étudier le conflit afghan. Il souhaite trouver une façon d’aider à stabiliser la situation politique en Afghanistan. Un défi colossal.
Son approche de la résolution du conflit afghan tranche avec les méthodes militaires habituelles. Ses études portent sur les stratégies de communication qui permettraient de résoudre – ou du moins de stabiliser – le conflit afghan à l’aide de la rhétorique pachtoune. Les Pachtounes représentent plus de 40 % de la population afghane. « Il y a un flagrant déficit de stratégies de communication de la part des forces armées avec les représentants des tribus afghanes, explique l’étudiant, qui est aussi lauréat d’une bourse en communication pour étudiants afghans de la fondation Soros (site en anglais). Cette bourse à financement intégral permet aux citoyens admissibles de l’Afghanistan de faire une maîtrise de deux ans en communication à l’Université d’Ottawa.
« Si les divers groupes ne communiquent pas, les chances de résoudre le conflit sont presque nulles. J’essaie donc de comprendre la rhétorique pachtoune pour l’utiliser afin de convaincre les représentants de ces tribus de soutenir la paix au lieu des talibans. »
Pour avoir vécu presque toute sa vie en Afghanistan et avoir travaillé avec les journalistes étrangers sur place de 2002 à 2009, Farouq Samim connaît très bien le sujet de ses études. Le conflit est complexe, et le pays l’est tout autant. Plusieurs régions de l’Afghanistan sont dirigées par des tribus aux cultures et coutumes souvent différentes les unes des autres. « Les Américains ont tenté par le passé d’entrer en contact avec certaines tribus, mais sans succès. Ils procèdent de manière trop globale et voient les Pachtounes comme un tout, alors qu’ils sont très différents selon la région d’où ils proviennent », précise Farouq Samim, qui est lui-même d’origine pachtoune.
Farouq Samim croit qu’il faut commencer par une région stratégique : le sud-est de l’Afghanistan, un endroit très instable. Les talibans y recrutent des soldats et la région est voisine du Pakistan, là où se trouvent des sympathisants d’Al-Qaïda. De plus, les Pachtounes de cette région sont majoritaires, et la structure tribale est forte. Selon l’étudiant, en réussissant à discuter avec ces leaders, les forces internationales pourraient stabiliser la région et ensuite, poursuivre la démarche auprès d’autres régions.
À court et moyen terme, Farouq Samim croit qu’il faut travailler de concert avec les différentes tribus pour aider à stabiliser la situation. C’est complexe, car il est impossible d’appliquer une seule stratégie à l’ensemble du pays. Ce dernier a été dirigé de manière informelle par différentes tribus au cours des 250 dernières années.
« Je crois qu’on ne peut se départir des structures tribales à court terme. On doit plutôt utiliser leur influence pour stabiliser la situation et assurer la sécurité dans le pays, indique M. Samim. Une fois la paix établie, ce sera le moment de structurer le pays en y introduisant un système d’éducation de qualité et des droits humains pour tous. À long terme, l’éducation et l’urbanisation affaibliront les tribus. »
Farouq Samim sait que le défi est grand. « Je vais trouver une formule qui guidera les Américains et les forces internationales à interagir efficacement avec les tribus pachtounes. Il faut s’adresser au peuple en passant par leurs leaders et en respectant leurs coutumes et la hiérarchie en place. Tout commence par notre capacité de communiquer avec ces gens, en les respectant et en les convainquant. En utilisant intelligemment ce qu’on appelle le soft power ou pouvoir de convaincre, les Américains et leurs alliés pourraient obtenir des résultats étonnants », conclut l’étudiant avec espoir.
Le Bureau international de l’Université d’Ottawa gère présentement trois programmes de bourses d’études supérieures à financement intégral en collaboration avec Open Society Foundations : l’Afghan Communications Scholarship, le Doctoral Fellows Program et le Civil Service Awards Program (Géorgie et Moldavie).
En bref
Farouq Samim aime : The Taliban Shuffle, un livre écrit par la journaliste américaine Kim Barker et dans lequel Farouq Samim figure, et The Future of Power, de Joseph S. Nye Jr.
Ses sources de nouvelles : Tolo TV, Al Jazeera, BBC, newsnow.co.uk.
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Les commentaires (8)
that was great story and Samem is good friend of mine, and i think the writer of the article Isabelle Marquis, had made his justice by one eye, ” from where he got to put the percentage of more then 40% of pashtoon population” which balance is that, that he kept in the story, i think it is the same as American started in 2001, that Durani tribes are friend and Ghilji are not, and they push Ghilji by Durani back to Taliban regrouping.
Par muhib habibi sur le 30 06 2011
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Il aurait été intéressant que vous mentionnez dans votre article que la présence de cet étudiant et de ses collègues afghans est le résultat d’une entente signée entre l’Open Society Institute et l’université d’Ottawa, plus particulièrement le Bureau International.Il s’agit d’un élément de contexte qui aurait pu jeter un éclairage intéressant sur la présence de cet étudiant.
Par Gilles Breton, sur le 30 06 2011
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Bonjour
Étant moi-même afghan et bientôt étudiant au doctorat en science politique, j’aimerais souligner l’importance d’étayer la complexité de la situation en Afghanistan et donc des possibles pistes de solutions, afin d’éviter les pièges trop fréquents de la simplification. Il appert que ce n’est pas tant le manque de communication avec les chefs tribaux qui cause problème, mais bien davantage de rester dans la même logique de domination de ces chefs sur la société. Cela fait des siècles que l’on pratique cette politique tribale qui est, entre autre, la source même des conflits passés et actuel.
Par Abdulhadi Qaderi sur le 13 07 2011
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Dear Mr. Qaderi, Very proud to hear you are planning to do a PHD in political sience.Our beloved country will really need your knowledge.
Your claim in your comment is dabateable and I would like to keep in touch with you and ask for details about your opinion. I do not claim that tribal politics have not been played in Afghanistan, but I do claim that very little attention has been paid to consultation southeastern Afghan tribal community, where the tribal structure is more intact and stronger. That is what my first hand data says. Unfortunately most of the assumptions people make about Afghanistan is based on secondary sources where people rely on data from internet medium.
I have explored the building blocks of two theories—Arestotalian persuasion and Soft power in that tribal context which I think not only help with peace building but inform other researchers and policy decision about that the porticular cultural domain possessing its own social arrangements as well as warrants.
Many thansk,
Farouq Samim
Par Ghulam Farouq Samim sur le 14 07 2011
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Simply being able to communicate with representatives from Afghan tribes is not going to stabilize the situation in Afghanistan. Communication and dialogue is the key factor in bringing about peace in Afghanistan. However, focussing on the differences of the Pashtuns in different regions may take time and effort, which may or may not help Afghans in long run. Instead, it is essential to look at a common aspect of all Afghans, such as the religion rather than culture differences.
The US government has made numerous efforts to communicate with different tribes and their failure lies on the fact that they have already established themselves as the “occupying force” or the “invader.” No matter what cultural background you represent in Afghanistan, foreigners with their mighty military, tanks, airplanes and ammunitions are sensed as threat and “foreign.” In fact, this puts alot of strain when it comes to communicating with these tribes, which leads to failures in communication with the tribal leaders. Presence of any military power in Afghanistan will continue to have such an effect in the mindset of the tribal leaders.
The recruits by the Taliban don’t only consist of individuals who are out there to fight because of US invasion. They consist of individuals as follows:
1. Some of these Afghans tend to see the foreign forces as “foreign” invaders. Their culture allows them to stand up against invaders and historically they have done so in the past. Thus, some of these fighters arm themselves for their country and removal of the invading power.
2. Religion plays an important factor. Muslims are allowed to fight back if invaded. Therefore, some individuals band together and form resistance with the intention that they are defending themselves and their country as allowed by Islam.
3. The invasion of Afghanistan and the bombing of villages and towns and disrupting lives of Afghans has bred its own problems, one of which is ordinary Afghans arming themselves in order to revenge the death of their family members, parents, wife, children who have been killed by the bombing. Those who have lost family members may arm themselves in order to “revenge” the death of their family members and this has led to resistance in many regions in Afghanistan.
4. The economy of Afghanistan has been shattered due to war. Many have extended family members to support, so they join one group or another to get paid for building resistance against the US military in order to feed their own family.
Cooperation of the tribes, education of Afghans that involve both academic and religious aspect while focussing on the commonality may contribute towards the peace process, but the involvement of any “military power” will contribute towards failure in communicating with the tribal leaders.
Par A.Q sur le 15 07 2011
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D’abord, je suis heureux qu’un débat d’idées se fasse sur ce sujet important. De plus, je remercie monsieur Samim de son message et de son invitation à échanger.
J’aimerais également préciser que le commentaire publié avec la signature A.Q (qui pourrait porter à confusion avec mon nom) apporte un élément important à l’analyse. Plusieurs autres éléments cruciaux dans les analyses ont été, et doivent aussi être considérés, tels, les enjeux de classes, les enjeux régionaux et internationaux. C’est pourquoi, je faisais référence à la complexité du conflit afghan (cela s’applique d’ailleurs à tous les autres conflits).
Mon mémoire de maîtrise porte sur la révolution afghane de 1978, la situant dans un cursus historico-politique et proposant une mise en lien de différents auteurs qui se sont penché sur le sujet ainsi que des cadres théoriques qui sous-tendent leurs analyses (http://www.archipel.uqam.ca/1998/1/M10847.pdf )
Abdulhadi Qaderi
Par Qaderi Abdulhadi sur le 21 07 2011
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Dear Abdulhadi Qaderi and Mr. AQ. Thanks for your informed analysis. I would like to share this link with you both. It is new and the author has field experience in Afghnistan with United Nations:
Gregg, T. (2009, October). Caught in the crossfire: the Pashtun tribes of Southeast Afghanistan. Retrieved August 27, 2010, from Lowy institute for international policy: http://www.lowyinstitute.org/Publication.asp?pid=1157
Once again, My thesis is about building blocks of persuasion and attractive power towards south-eastern Pashtuns in Afghanistan. If we can persuade them and influence them, we can use them as a powerful potential third-party to start ending conflict from Loya Paktya region in Afghanistan. Loya Paktya with its long border with Wazirestan, and being the gate to Capital Kabul and stronger and more intact tribal structure is a perspective location to start to work for peace. there is no one all-inclusive approach to Afghan conflict. In other words, for complex situation in Afghanistan, there is no one generic approach.
Par Farouq Samim sur le 25 07 2011
Les commentaires (8)
Dear Mr. Qaderi and Mr. AQ.
For your information, I would like to share this link with both of you and other respected readers of this article. It is the first hand data collection and the support of other experts for my approach, which I would like your attention to. It is an article from Chroncle of Higher Education in the US.
Here is the link:
http://www.arts.uottawa.ca/documents/pdf/Afghan_front_by_Monica.pdf
Par Farouq Samim sur le 25 07 2011